Afghanistan: les évacuations françaises pourraient être prolongées, polémique autour de la gestion de la crise

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Alors que les évacuations militaires effectuées par la France depuis l’aéroport de Kaboul en Afghanistan pourraient être prolongées, la polémique grandit autour de la gestion par Paris de la crise.

« On est sur des opérations qui vont s’achever rapidement (…) cela pourrait aller peut-être au-delà de ce soir (mais) nous devons rester prudents sur ce sujet », a déclaré ce vendredi matin le secrétaire d’État aux Affaires européennes, Clément Beaune, sur la radio Europe 1. Les évacuations effectuées par l’armée française, qui « ont évidemment été interrompues et perturbées hier » par l’attaque kamikaze meurtrière aux portes de l’aéroport de Kaboul revendiquée par l’État islamique (EI), « vont finir prochainement », a-t-il ajouté.

Le Premier ministre Jean Castex avait annoncé hier jeudi que ces évacuations devaient prendre fin ce vendredi soir.

Le dispositif mal adapté ?

Actuellement, plus de 2 000 citoyens afghans ont été rapatriés sur le territoire français depuis la prise de la capitale afghane par les talibans. Mais beaucoup estiment que la France n’a pas adapté son dispositif de crise à la situation.

C’est le cas d’Utopia 56, association engagée auprès des réfugiés afghans depuis le début de la crise. Pour Maël de Marcellus, coordinateur de l’antenne parisienne de l’association, la réponse de l’État est inadaptée et laisse beaucoup de question en suspens. « Toutes les demandes qui ont été transmises où en sont-elles, vont-elles continuer d’être traitées, y-aura-t-il encore des ponts aériens après le retrait de la France d’Afghanistan ? Tout ça, ce sont des questions auxquelles nous n’avons pas de réponses et qui laissent tout le monde dans l’incertitude », regrette-t-il.

Et de poursuivre : « On a été contactés par beaucoup de personnes afghanes qu’on voit tous les jours qui nous ont demandé de l’aide pour contacter la cellule de crise, pour essayer de faire venir leur famille. Des personnes qui ont le statut de réfugié en France, qui ont légalement le droit de faire venir leur famille.

Force est de constater que sur 99% des demandes qu’on fait, on n’a aucune réponse, c’est quasiment impossible de joindre la cellule de crise par téléphone, il n’y a aucune réponse aux mails qui sont adressés. On adresse des signalements, mais on ne sait même pas si quelqu’un les traite de l’autre côté de la chaîne. C’est bien un sous-dimensionnement de la réponse accordée par la France à la situation. C’est un constat partagé par toutes les associations parisiennes, que la France n’a pas du tout fait assez.

La France a reçu plus de 60 000 demandes. La plupart des demandes restent sans réponse. La cellule de crise est totalement inadaptée, et beaucoup de personnes afghanes présentes sur le territoire français n’ont aucune nouvelle de ce qui peut arriver à leur famille. C’est beaucoup de découragement de toutes les personnes, et beaucoup d’inquiétudes. »

Paris ne s’est pas donné les moyens

Si gouvernement français affirme pourtant qu’il avait anticipé depuis des mois la situation, la députée Frédérique Dumas, vice-présidente du groupe d’amitié France Afghanistan à l’Assemblée nationale, dément et affirme que la France n’était absolument pas préparée.

«… Nous n’étions pas préparés, nous n’avons pas anticipé. Nous étions préparés à éventuellement exfiltrer nos ressortissants et à abandonner l’Afghanistan, mais nous n’étions absolument pas préparés à ce fameux tournant historique, dit-elle. Si on prend juste les auxiliaires afghans, le président a dit que c’était notre dignité de les accueillir parce qu’ils avaient aidé notamment les militaires français. En 2014, le président de la République à l’époque avait mis en place un dispositif qui permettait justement aux interprètes de rejoindre la France. A partir de 2018, Emmanuel Macron a pris la décision de geler ce dispositif en expliquant qu’il allait réétudier les dossiers. On en n’a plus jamais entendu parler. Même pour ceux pour lesquels la France devait faire quelque chose, elle ne l’a pas fait en temps et en heure quand c’était encore possible. »

Pour la députée, des personnes très importantes, très menacées pour plusieurs raisons, ont été sur les listes officielles depuis le début de la crise et n’ont jamais reçu de laisser-passer. « Elles sont sur les listes, près de l’aéroport, sont joignables, et jamais n’ont eu leur laisser-passer. Ce n’est pas ma technique de harceler, parce que je pense que ça ne sert pas à grand-chose, mais régulièrement de dire, parce qu’on savait que les jours étaient comptés, les heures maintenant, qu’il fallait absolument qu’elles aient ce laisser-passer : à quoi ça sert de mettre des gens sur les listes sinon ? Et depuis 15 jours maintenant, elles ne l’ont jamais eu », s’insurge-t-elle. « C’était compliqué, on n’a jamais dit le contraire, mais on n’a pas tout fait, et on ne s’est pas donné les moyens et quelques fois, il y a eu sur quelques personnes la volonté de ne pas délivrer le laisser-passer. »

RFI

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