Migrants dans la Manche: une réunion sans le Royaume-Uni, symbole du post-Brexit

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Les Britanniques ont été désinvités après des propos de Boris Johnson de la réunion de coordination organisée par la France suite à la tragédie des migrants qui ont tenté de franchir le pas de Calais. La ministre britannique de l’Intérieur ne sera donc pas là, à l’inverse de ses homologues européens. L’Union européenne regrette l’absence des Britanniques même si la Manche est redevenue une de ses frontières extérieures.

Il faut que le Royaume-Uni prenne ses responsabilités et s’implique dans la gestion de l’afflux des migrants qui se pressent face à ses côtes, affirme Margaritis Schinas, le commissaire européen chargé des questions migratoires. Et celui-ci enfonce le clou en rappelant que le slogan du Brexit voulu par Boris Johnson était après tout de reprendre le contrôle des frontières, rapporte le correspondant de RFI à Bruxelles, Pierre Bénazet.

Des relations toujours conflictuelles

La remarque est évidemment une flèche décochée au gouvernement britannique, car les Européens jugent qu’il entretient volontairement un conflit ouvert avec l’Union européenne, de manière à détourner l’attention de l’opinion britannique des problèmes internes du Royaume-Uni. Et ce constat – officieux – est le même pour la crise des licences de pêche que pour la tragédie des migrants.

La commissaire européenne aux Affaires intérieures, Ylva Johansson, avait prévu de relancer la ministre britannique de l’Intérieur Priti Patel sur la question de la coopération policière et de l’échange d’information. Elle voulait aussi évoquer la lutte contre les passeurs, leurs filières et leurs réseaux. Elle ne peut donc que regretter son absence.

Selon les défenseurs des droits humains, la question du regroupement familial doit aussi être évoquée alors que la première victime du naufrage identifiée Maryam Nuri Mohamed Amin, une jeune femme de 24 ans qui voulait rejoindre son mari, installé au Royaume-Uni, rapporte l’envoyée spéciale de RFI à Calais, Juliette Gheerbrant.

La France et ses voisins belge, néerlandais et allemand comptent donc montrer qu’ils peuvent agir sans Londres. Et si les quatre pays réunis à Calais prennent des mesures fermes, ils auront le soutien des autres pays de l’Union, actuellement très sensibles aux questions migratoires en particulier ceux de la Méditerranée ainsi que les Baltes et les Polonais.

Les accords du Touquet: deux décennies de tension France-Royaume-Uni

Le 4 février 2003, l’ancien président Jacques Chirac signe les accords du Touquet avec le Premier ministre britannique, Tony Blair. Après la fermeture du centre d’hébergement de Sangatte, ils permettent à des policiers britanniques de contrôler sur le sol français les candidats à l’immigration vers les côtes anglaises. La France a le devoir d’accueillir les immigrés refoulés à la frontière. Cela entraîne un glissement de la frontière britannique dans les ports français. Au mois d’avril 2009, des bulldozers détruisent les bidonvilles épars dans la région de Calais mais ils ne tardent pas à se reconstruire : c’est l’apparition de la jungle de Calais. Pour compléter cet accord, d’autres traités sont signés au fil des années. En 2014, 15 millions d’euros sont promis par les Britanniques pour aider la France. Déjà dans l’air, l’idée d’une renégociation des accords du Touquet a gagné en poids politique dans l’Hexagone avec le Brexit. Le 18 janvier 2018, Emmanuel Macron et Theresa May signent les accords de Sandhurst. Londres promet alors une enveloppe supplémentaire de 50,5 millions d’euros pour aider aux contrôles des migrants à Calais. Au lendemain du naufrage de 27 migrants dans la Manche, le 24 novembre 2021, le numéro deux de LFI, Adrien Quatennens, a appelé sur BFM TV et RMC à « renégocier les accords du Touquet » qui « prévoient que la France soit le garde-barrière du Royaume-Uni ».

RFI

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